Note d’intention pour Les Indes Galantes - De la Voix des Âmes

Note d’intention pour Les Indes Galantes - De la Voix des Âmes

Analyser les musiques savantes occidentales, essayer de comprendre leur origine grâce aux musiques populaires d’aujourd’hui, nous amène à prendre conscience que l’être humain a toujours vécu avec la musique et la danse : depuis que les parents bercent les nouveau-nés contre leur sein et que ceux-ci sentent le rythme de leur cœur à travers leur poitrine...

On ignore qui a été premier de la musique ou de la danse et sans doute nous faudrait-il inventer un mot pour décrire le lien indéfectible qui les unit. C’est tout à la fois la pulsation de la vie et l’apprentissage de la mort. C’est le rite de l’existence qui nous permet de faire face à l’inconnu, à l’insaisissable qui entoure notre présence au monde : la musique et la danse nous relient à l’univers, ils nous permettent d’être là, de prendre part au grand concert, au grand ballet des étoiles, des planètes et des trous noirs qui se joue dans l’espace.

Il me semble que le baroque l’a bien compris mais pas seulement : il a également perçu qu’il y avait dans toute émotion humaine une asymétrie du rythme. Les émotions extrêmes telles que l’amour, la haine, la colère, la peur de la mort ou de l’abandon n’ont pas de rythme mesurable ni quantifiable.

L’opéra consiste précisément en cette tentative utopique de faire coexister le rythme de la musique et de la danse avec ce rythme mystérieux et insaisissable, humain trop humain. À tel point que - pour pasticher Platon - nous pourrions dire qu’à l’opéra, l’émotion est la mesure de toute chose. Et c’est pourquoi nous aimons tant ce monde où tout nous échappe enfin et où nous perdons pied.

Ce sentiment n’est pas propre aux musiques savantes ou élitistes. La plupart des musiques populaires de la planète sont liées à ce sentiment baroque par la pulsion, par la puissance des paroles, du texte, de la tradition orale... C’est le pouvoir de toucher - par des moyens simples et directs - à ce qui est le fond même de toute existence humaine.

C’est ce que j’ai ressenti en observant pour la première fois Bintou Dembele travailler avec ses danseurs lors des Indes galantes à l’Opéra Bastille. Lorsque j’ai pris conscience que ces danseurs étaient en train de créer sous mes yeux comme si la musique et son compositeur étaient bien vivants, je me suis dit que nous étions en train de vivre un miracle.

Le spectacle a été créé en 2019 avec le succès que nous connaissons. J’ai eu par la suite l’occasion d’en montrer des extraits partout à travers le monde, provoquant à chaque fois le même choc. Aussi ai-je mis un point d’honneur à poursuivre l’aventure, à proposer à Bintou de répéter les conditions de ce miracle en élaborant une forme inédite de “concert chorégraphique” une forme qui nous permettrait d’explorer librement la relation des danseurs aux chanteurs, de continuer à aimer et faire aimer ce lien inouï qui s’est tissé entre la danse et la musique.

Leonardo García-Alarcón

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