Quand Biber rencontre Beyoncé

Quand Biber rencontre Beyoncé

Que peuvent avoir en commun le baroque de Biber, une cumbia mexicaine, le joropo vénézuélien, le metal, Silvio Rodríguez, Beyoncé et Shakira ?

Dans Remix, beaucoup plus qu’on ne pourrait l’imaginer. Les Impertinences font dialoguer leur répertoire baroque avec les musiques qui appartiennent à la vie personnelle de chacun d’entre eux : la cumbia des quartiers de Mexico qui accompagne Lalo, le joropo que Pablo a appris auprès de son père, le metal qui donne son énergie à Ulises, Beyoncé et Shakira qui font danser Emma ou encore les compositions de Sergio, nourries de son parcours entre le Pérou, le Brésil et la Suisse.

Dans Remix, les genres se rencontrent librement, sans hiérarchie et surtout avec un immense plaisir de jouer. Une musique peut en appeler une autre, un rythme traverser les siècles, une mélodie ancienne faire soudain écho à un morceau que l’on écoute aujourd’hui. Le spectacle joue avec ces rapprochements, avec la surprise qu’ils provoquent et avec cette joie très immédiate que procure la découverte d’une musique que l’on ne connaissait pas, ou, au contraire, le plaisir de reconnaître soudain quelques notes familières là où on ne les attendait pas.

Car, derrière leurs différences apparentes, ces répertoires ne sont peut-être pas si éloignés. Les musiques européennes du XVIIe siècle parlent déjà de danse, d’amour, de guerre, de nature, de fête et de mélancolie. Elles sont elles-mêmes le résultat de circulations, de rencontres et d’échanges. Remix s’amuse ainsi à faire tomber les cloisons entre musique savante et populaire, entre ancien et contemporain.

C’est aussi là que réside l’alegría de Remix : dans cette curiosité et cette liberté de passer d’un univers à l’autre. On peut entrer dans une pièce de Biber et se retrouver quelques instants plus tard au milieu d’une cumbia ; entendre un instrument ancien prendre une couleur étonnamment actuelle ; passer de la concentration de l’écoute au désir de bouger, de sourire ou de danser. Le changement de registre n’interrompt pas le voyage : il en fait partie.

Et peu à peu, une autre écoute devient possible. On cesse de se demander à quelle époque ou à quelle catégorie appartient chaque morceau pour entendre ce qui les rapproche : un rythme, une énergie, une émotion, une manière de faire danser ou de raconter. La surprise vient alors autant du contraste que de la ressemblance. Une musique vieille de plusieurs siècles peut soudain sembler extraordinairement proche ; une chanson populaire d’aujourd’hui peut révéler des échos inattendus avec un répertoire que l’on croyait lointain.

Remix fait de cette collision joyeuse des genres un terrain de jeu. Un espace où le baroque de Biber peut rencontrer le rock de Beyoncé sans que l’un ou l’autre ait besoin de changer d’identité, et où huit musiciens et musiciennes peuvent partager toutes les musiques qu’ils aiment, simplement parce qu’elles font partie de leur histoire.

Car après tout, nos vies musicales sont déjà des remix.

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