Geste d’intention de Bintou Dembelé pour Les Indes Galantes

Geste d’intention de Bintou Dembelé pour Les Indes Galantes

Les Indes galantes pourraient se synthétiser par cette citation qui date du Nouveau Régime : “ce sont de jeunes gens qui dansent au-dessus d’un volcan en éruption”.

Ce volcan est devenu bien réel et menace à tout moment d’entrer en éruption. Ce qui pouvait passer pour des malentendus, d’innocents divertissements s’est mué au fil de l’Histoire en une situation géopolitique grave, complexe, et explosive. D’une certaine façon, Les Indes galantes contiennent le ferment de notre monde actuel.

Raconter le monde à travers la ville corps vivant.

La jeunesse d’une ville-monde telle que Paris aujourd’hui. Orchestrer un spectacle fait de courts-circuits entre l’opéra-ballet de Rameau et des gestes, des attitudes et des danses de rue. Comment cette musique peut-elle mettre en mouvement les fantômes d’une autre époque, sculptés par d’autres histoires ?

Chercher à relier la dimension incantatoire de la musique de Rameau à la portée cathartique de ces danses. Je souhaite partir de ces mouvements, qui, chacun à leur manière, racontent une minorité, une communauté, esquissent une entrée dans le monde par le geste, pour les dérégler peu à peu et leur faire rencontrer l’adaptation de la musique baroque de Leonardo Garcia Alarcòn.

Que le mouvement et le déplacement des artistes au plateau et des cultures qui les habitent se confrontent, interagissent et se nourrissent pour créer en permanence de nouveaux langages. De nouveaux espaces où de nouveaux de rites de passage se créeraient, pour se façonner une identité, un état d’esprit qui ont aussi la particularité de se propager et de se transformer à travers le monde.

Mon cheminement artistique est une urgence de dire, celle d’un cri du corps inaudible. La rage n’a eu d’autre choix que de se transformer pour trouver un langage qui serait perceptible du Tout-Monde. C’est à travers le détournement même de la culture Hip-Hop que j’en ai trouvé l’issue, comme un venin devenant remède. J’ai affronté la peur à travers l’arrêt du « mouvement », son silence, pour en laisser jaillir la mémoire.

Je tente de traduire la violence du corps, de l’âme et de l’esprit à travers lesquelles ces danses s’apaisent telles des implosions.

La répétition, le cercle et les arrêts, suspensions sont des champs d’exploration de l’espace, de l’énergie et du temps qui animent de possibles interactions avec la musique et la voix, semblant traduire un désir de passer du sens au sensible.

Nous sommes tous le sauvage de quelqu’un, une fois que l’on en a pris conscience, la déconstruction de ce mécanisme peut commencer.

Bintou Dembelé

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