La Cité Bleue présente sa Saison 2026–2027, une programmation ambitieuse et profondément incarnée, portée par la direction artistique de Leonardo García-Alarcón. Concerts, opéras, danse, théâtre musical et projets transdisciplinaires composent une saison pensée comme une traversée où les esthétiques, les époques et les cultures se rencontrent et se transforment, sous le signe de l’abrazo et de l’esprit baroque.
Au cœur de cette nouvelle saison se trouve une idée forte : celle de l’abrazo, l’étreinte. Une étreinte artistique qui fait dialoguer les contraires, relie les formes et ouvre des espaces de circulation entre les imaginaires. Plus qu’une référence stylistique, le baroque s’affirme ici comme une pensée : celle du mouvement, du contraste, de la transformation permanente.
Cette saison met ainsi en regard grandes œuvres du répertoire et créations contemporaines, dans une tension féconde entre tradition et invention. Elle affirme la vocation de La Cité Bleue comme lieu de création, de transmission et de rencontre, ancré à Genève tout en étant résolument ouvert sur le monde.

Les spectacles de la Saison 2026-2027
Avec Neverland, dès les premiers jours de septembre, le mythe de Peter Pan nous bascule dans une zone d’ombre, où refuser de grandir devient une prison. Dans cet univers instable, la musique contemporaine de Sarah Nemtsov et la scène dessinent une fable troublante sur le temps et la métamorphose, un seuil franchi d’emblée, proposé avec La Bâtie-Festival de Genève, avec l’apport du Theater Magdeburg, de l’Ensemble Contrechamps et du Grand Théâtre de Genève.
Très vite, la saison trouve un autre point d’ancrage avec Roma, la grande fresque baroque conçu par Leonardo García-Alarcón, Cappella Mediterranea et le Chœur de Chambre de Namur, qui nous amène de l’ombre de la Chapelle Sixtine à la lumière fulgurante du baroque italien. Entre ferveur sacrée et théâtralité, la musique se déploie comme un manifeste esthétique : faire coexister les contraires, l’ombre et la clarté, la tradition et l’élan vivant.
Ce dialogue entre art et histoire se prolonge avec Musiques interdites, un véritable cabaret allemand de résistance des années d’entre-deux-guerres, où la scène redevient un espace de liberté face à l’oppression. Derrière l’ironie et la vivacité des formes, affleure la gravité d’une époque où créer était déjà un acte de courage, et les musiques de compositeurs juifs ou “modernes” étaient interdites.
Autour des Indes galantes, la saison explore ensuite la rencontre des mondes : d’abord à travers le regard du cinéma, qui dévoile les coulisses d’une création hybride à l’Opéra Bastille, puis pour Les Indes galantes - De la voix des âmes sur scène, à Concorde Espace Culture, où les extraits de l’opéra de Rameau prennent vie à travers la musique et les danseurs, une version habitée où le baroque dialogue avec les cultures urbaines. Ici, les corps, les voix et les héritages s’entrelacent pour réinventer l’opéra comme espace de transformation. Dans ce mouvement, la saison n’oublie pas les premiers regards en utilisant des morceaux de musique de l’opéra de Rameau, Forêt Paisible invite les tout-petits et leur parents à une immersion sensorielle au cœur du son, tandis que l’atélier de danse Emotion in motion fait du geste un langage partagé entre enfants et parents. Déjà, la transmission se joue dans l’expérience.
À la fin d’octobre, Gitanes embrase la scène de passions contrastées : entre Janáček et de Falla, l’amour devient fièvre, déchirure et incantation. Une intensité qu’est prolongé par Remix, où la jeune génération bouscule les codes du baroque avec une liberté jubilatoire, mêlant styles et énergies dans un esprit résolument festif.
Le mois de novembre s’ouvre sur une quête intérieure avec Le Chant du sabre, rencontre singulière entre théâtre nō et chant choral, où le retrait devient chemin vers soi, une exploration anticipée d’un atelier d’initiation à l’Aïkido et au Bokken pour se plonger dans la culture japonaise.
Puis, la saison s’élargit vers d’autres horizons avec le week-end dedié à FILMAR en América Latina, véritable traversée des imaginaires latino-américains dont on associe un concert à un film : du récital de piano Vuelvo al Sur, tout en nuances et en rythmes, au film d’animation Pachamama, précédé par une rencontre avec le compositeur Pierre Hamon, jusqu’à Héritage(s), célébration vibrante des racines et des métissages musicaux d’Amérique latine.
Deux des jalons de la programmation de La Cité Bleue reviennent sur scène : avec Seasons, théâtre, cinéma et musique se rejoignent dans une forme hybride pour raconter nos vies contemporaines, fragmentées et sensibles, tandis que María de Buenos Aires fait résonner le souffle du tango, entre mythe urbain et poésie sensuelle, prolongeant l’expérience jusque dans le corps avec ses initiations dansées à la fin des spectacles.
Une journée d’hommage à Jorge Luis Borges verra s’alterner des interventions de Bertrand Lévy, Nicolas Ducimetière et Leonardo García-Alarcón avant de s’achever avec la projection d’un documentaire.
L’automne s’achève dans un geste de contemplation avec Arcadelt, ode à la beauté renaissante du compositeur flamand par Leonardo García-Alarcón, Cappella Mediterranea et le Chœur de Chambre de Namur, et dans la découverte d’un talent émergent avec le Prix Radu Lupu, moment suspendu où la jeunesse musicale rencontre l’héritage des grands interprètes.
Au cœur de l’hiver, la saison se teinte de lumières contrastées : Kósmos ! tisse un pont entre Orient et Méditerranée dans une célébration des musiques de l’amour, anticipé par un atelier de danse Gaga, tandis que l’esprit des fêtes s’invite avec Noël à Broadway, entre élégance et éclat populaire.
Le début de l’année 2027 poursuit cette traversée des cultures et des formes : Espagne intime mêle clavecin et flamenco dans un clair-obscur saisissant avec le grand danseur Israel Galván et le clavecin de Benjamin Alard, tandis que Stravaganza ! exhume des trésors oubliés du baroque italien, et Carmina Latina voit Leonardo García-Alarcón élargir encore l’horizon entre l’Espagne baroque et le Nouveau Monde, précédé par une conférence sur Le baroque espagnol.
En février, la danse s’empare de l’espace avec Murmuration - Blue edition, fascinante architecture du mouvement où le collectif devient écriture visuelle, une refonte conçue spécialement pour La Cité Bleue par le chorégraphe Sadeck Waff de son spectacle qui a déjà séduit des milliers de spectateurs à travers le monde avec son écriture chorégraphique d’une précision hypnotique.
Mars fait dialoguer introspection et mémoire : Verlaine en prison explore l’enfermement et la poésie, avec une conférence sur Verlaine et les femmes pour découvrir davantage sur la vie du poète, tandis que Le Sacre du Piano révèle la puissance orchestrale de l’instrument avec Cédric Pescia, étudiants et professeurs de piano de la HEM, et que Le Journal intime de Bernstein donne voix aux confidences d’un génie entre la musique interprétée par Shani Diluka et le récit de Charles Berling.
Le printemps marque un tournant avec Smile !, un récital pour découvrir l’art du sourire en musique avec Sabine Devieilhe et l’ensemble I Giardini, dans un concert qui fait aussi partie de la programmation du Grand Théâtre de Genève.
C’est avec The show must go on !, création pétillante qui regarde le théâtre musical avec humour et lucidité, que la création musicale va envahir La Cité Bleue : s’inspirant d’une comédie de Goldoni, Jacopo Raffaele, il Baskerville de son nom d’artiste, compose la musique sur livret de Aurélien Hamard-Padis et Laurent Delvert, qui prend en charge aussi la mise en scène. L’idée est de raconter l’histoire extrêmement divertissante d’une troupe d’artistes qui bricole pour échapper à la précarité. L’espoir renaît lorsqu’un riche homme d’affaires arabe annonce son arrivée en ville : peut-être financera-t-il une grande saison lyrique ?
La saison continue dans sa richesse : Métamorphoses transforme la symphonie en musique de chambre, anticipant le Cycle Beethoven : à l’occasion des 200 ans de la disparition de Ludwig van Beethoven, La Cité Bleue consacre deux jours exceptionnels à l’un des sommets absolus du répertoire : l’intégrale de ses quatuors à cordes. Pensé comme une véritable traversée, ce cycle invite à suivre l’évolution fulgurante du compositeur, des premiers quatuors encore héritiers de Joseph Haydn et Wolfgang Amadeus Mozart jusqu’aux dernières œuvres, d’une audace visionnaire, où la musique semble s’inventer à chaque instant.
Pour donner vie à ce monument, plusieurs quatuors parmi les plus remarqués de leur génération : les quatuors Modigliani, Agate, Métamorphoses, Elmire, Novo et Leonkoro se relaient tout au long du week-end pour nous offir une lecture vivante et contrastée de ce cycle.
Commandé pour célébrer le mariage de Louis XIV, Ercole amante de Francesco Cavalli affirme la puissance de l’opéra baroque dans toute son ampleur, demeurant l’un des opéras les plus ambitieux et spectaculaires du XVIIe siècle. Artisan majeur de la redécouverte de Cavalli, Leonardo García-Alarcón revient à cette fresque monumentale sous forme de concert avec l’énergie et la sensibilité qui font la force de ses interprétations. À la tête de Cappella Mediterranea, du Chœur de Chambre de Namur et du Chœur de l’Opéra de Dijon, entouré de solistes d’exception, il redonne à cette partition toute sa vitalité dramatique et sa richesse expressive.
La saison se prolonge dans une expérience sensorielle singulière avec Parfums, où la musique se respire autant qu’elle s’écoute. En dialogue avec les sons, les fragrances ouvrent un autre chemin vers les œuvres, convoquant la mémoire, les imaginaires et les émotions les plus intimes.
Le geste musical se fait ensuite terrain de jeu avec Sans les mains, projet qui explore la virtuosité sous un angle inattendu. En déplaçant les repères, ce spectacle pour enfants révèle une autre manière d’habiter la musique : plus libre, plus ludique, et à la découverte du son.
Enfin, les dernières spectacles de la saison s’ouvrent sur une réflexion profondément humaine avec Que personne ne sache où nous sommes, un hommage à la Vienne fin de siècle de Alma Mahler, avant de s’achever dans un geste de synthèse et d’ouverture : Il pomo d’oro, qui nous propose un spectacle à la fois baroque et latino-américain, composé par Pablo Agudo López, artiste associé à La Cité Bleue, comme une recréation inspirée de l’opéra baroque de Pietro Antonio Cesti qui assume la fracture de l’histoire pour en faire un moteur de création, revendiquant l’idée d’un « baroque vivant », traversé par le métissage, le rythme et l’invention. Ce dernier rendez-vous incarne l’esprit même de la saison : un espace où les traditions musicales se rencontrent, se transforment et inventent, ensemble, un art vivant.
Ainsi se dessine une saison traversée de tensions fécondes : entre passé et présent, entre enracinement et métissage, entre intimité et collectif. Une saison profondement baroque où chaque spectacle, loin d’être isolé, participe d’un même mouvement : celui d’un abrazo, une étreinte artistique ouverte et vibrante.

